Cet article est la traduction de la voix off de la vidéo ci-dessous qui montre et explique des différents étapes de la fabrication artisanale du châle russe en laine de Pavlov Posad.

 Découvrez la fabrication artisanale d’un châle russe

La méthode d’estampage (imprimerie) sur le tissu est connu depuis très longtemps.

Châle russe en laine fine de Pavlov Posad "Cendrillon"

Châle russe en laine fine de Pavlov Posad « Cendrillon »

Les maîtres- artisans transmettaient leur savoir-faire d’une génération à l’autre. Cette technique est également utilisée pour la fabrication des châles russes.

Un quart et ses estampes

Le motif d’un châle est divisé en plusieurs parties. Chaque partie est divisée en fonction de la couleur à appliquer sur le tissu tendu.

 

Le nombre de ces pièces en bois peut aller jusqu’à 60. La largeur d’une pièce ne dépasse jamais un demi-mètre pour faciliter la tenue et assurer la précision du dessin. La pièce en bois (du sapin) est fabriqué de 3 couches du bois.

Pour qu ‘elle ne se déforme pas à l’humidité des peintures, le sens des fibres du bois de la planche centrale est inversé.

 

l'estampage du châle russe de Pavlov Posad par "tsvetki"

l’estampage du châle russe de Pavlov Posad par « tsvetki »

Pour fabriquer le châle d’abord le peintre dessine un quart d’un châle.

Ensuite Il faut sculpter les estampes pour chaque couleur du motif. La profondeur du dessin sur la planche est 1,5 cm. Il faut pas oublier faire les trous sur la partie opposée de la planche pour que l’artisan puisse tenir aisément la pièce qui s’appelle « tsvetki ».

Pour faire le contour il faut préparer un autre type d’estampage, on les appellera « manera ».

Pour ceci l’artisan brûle avec un aiguille spécial le motif du contour dans un morceau de tilleul.

Ensuite les creux se remplissent avec un mélange liquide de l’étain, de l’antimoine et du plomb en portions égales.

L’artisan monte ces contours en métal sur une planche à l’aide des petits clous. Les pièces pour le contour sont prêtes.

 

Les fantaisies sur le thème des châles russes. www. russkie-platki.ru

Les fantaisies sur le thème des châles russes. www. russkie-platki.ru

L’estampage même s’effectue sur les tables à la taille du futur châle.

La table est couverte de 3 couches de drap.

Tous les cotés de la table doivent être accessibles. Le tissu du futur châle est tendu selon une technique similaire utilisée pour les toiles des peintres.

Les grands bacs avec la peinture sont faits d’une manière intéressante :

En dessous de la toile tendue que l’artisan peint avec une grande brosse il y a un autre bac rempli de peinture.

La toile touche la surface de la peinture du dessous à chaque passage de la brosse par dessus. Ainsi on obtient la coloration régulière de la toile.

L’estampage commence par l’application du contour. Pour obtenir le contour fin et sans débords il ne faut pas appliquer trop de peinture. Et notre toile tendue par dessus du bac de peinture sert à ça à merveille. D’une manière générale, les contours sont noirs, mais ils peuvent être marrons ou autres selon l’idée du peintre ou le coloriste.

Châle russe en laine fine de Pavlov Posad "Terem"

Châle russe en laine fine de Pavlov Posad « Terem »

Une fois le contour est appliqué, l’artisan change d’estampe sur celui en bois appelé « tsvetki » pour effectuer l’estampage en couleur.

Chaque pièce en bois a ses points de repère qui sont très importants pour un artisan au moment d’appliquer la suite du motif et ne pas dépasser le contour. Traditionnellement les artisans d’estampage travaillent à deux.

Ainsi l’un commence le dessin par l’estampage plus claire (appelé « la première rose ») et l’autre plus foncé (de la même fleur).

Quand ces deux premières couleurs sont prises, les artisans passent à deux suivantes (appelé « la deuxième rose » ou « deuxième verdure » suivant le motif).

Pourquoi la « rose » ?

Parce que c’est la fleur la plus utilisée comme décoration dans les châles  russes.

 

Châle russe en laine fine de Pavlov Posad "Clairière"

Châle russe en laine fine de Pavlov Posad « Clairière »

Oui, comme tous les professionnels, les artisans russes d’estampage ont leur propre langage professionnel.

Ainsi le fond coloré du châle s’appelle « la terre ».

Le nombre des couleurs dans les châles russes sont traditionnellement 10-12. Mais ce n’est pas une limite.

D’abord on remplie les coins du châle, ensuite les parties autours du centre et à la fin le centre même qui porte le nom ancien « siyanok » (сиянок, vient du mot russe сиять -briller ).

Les artisans disent que ce mot vient de l’association avec le Soleil (qui est au centre de tout, le dieu Soleil chez les ancêtres russes) .

« Planter les roses dans la terre »

les roses de Pavlov Posad

les roses de Pavlov Posad

Une fois que toutes « les roses » sont « plantées », on couvre de « la terre » tous les espaces libres du dessin.

Traditionnellement on tapotait les pièces portant le motif du fond avec un marteau en plomb, d’où vient un autre nom de cette technique-le tapotage.

Alors que la peinture du fond est encore fraîche l’artisan enlève le châle du cadre et l’étend sur une autre table pour couvrir au rouleau les bords du châle.

La deuxième étape de cette longue fabrication du châle est la fixation de la peinture par différente méthode, notamment par la vapeur.

 Les finitions

Tissage artisanal du filet et frange sur le châle de Pavlov Posad

Tissage artisanal du filet et frange sur le châle de Pavlov Posad

La troisième et dernière étape de la fabrication est la finition des bords.

Cela peut être un simple ourlet, la fabrication du frange ou du filet avec le frange par le tissage.

Depuis le XIX-e siècle le tissage des franges et des filets des châles est un métier essentiel de la plupart des familles de Pavlov Posad. Selon le modèle, la tisseuse fait 3 ou 5 rangs de filet.

Jusqu’à nos jours ils sont encore fait à la main.

Le châle de Pavlov Posad reste un élément indémodable du costume russe grâce à sa beauté et la pureté écologique des éléments utilisés.

Lisez l’article sur les châles dans le monde « Histoire de séduction ».

Amicalement,

Natalia.

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A propos de Natalia Lagoguey

Après avoir enseigné le français en Russie, travaillé comme secrétaire-interprète à l'ambassade belge de Moscou, mis ses compétences aux services de plusieurs sociétés françaises, Natalia a décidé de partager ses connaissances de l'artisanat slave en général et russe en particulier. Ceci via son blog mais également via son pavillon russe ( www.costumerusse.kingeshop.com/ ) ou vous verrez, entre autre, ses créations et des expositions sur le terrain (Marchés, salons, foires...).

4 réponses à Découvrez la fabrication artisanale d’un châle russe

  • Scheppers Claude dit :

    je suis très intéressée par l’artisanat et ai beaucoup apprécié votre vidéo sur la fabrication des châles Russes. Au fil des ans ,via les brocantes ,je me suis constituée une petite collection de matriochkas. Où pourrais je me documenter sur leur provenance ,leur époque de fabrication ETC???
    J’aimerais également trouver des patrons des chemises et des broderies traditionnelles Russes au point de croix.
    Merci beaucoup.
    Claude Scheppers

  • Natalia dit :

    Bonjour, Claude 🙂
    Merci pour l’intérêt envers la culture de mon pays.

    Quant à votre collection des matriochkas je pourrais peut-être vous donner mon avis sur les années et la provenance de vos poupées d’après les photos de bonne qualité. Mais si vous cherchez à faire faire une expertise de la collection, je pense qu’il vaut mieux voir ceci avec des spécialistes du musée de matriochkas à Sergiev Posad. C’est d’ailleurs un seul musée de matriochkas.

    Quant à la broderie russe, vous pouvez trouvez quelques patrons gratuits ici http://www.costume-russe.fr/a-propos-de-lauteure-2/des-patrons-gratuits/. Certainement ils ne sont pas travaillés dans les logiciels appropriés mais avec une bonne volonté sont parfaitement déchiffrables. J’en prépare une série des patrons de la broderie slave en bon format pour différente utilisation mais ce n’est pas encore fini. Je vous ferrai signe quand ce serai fait. D’ailleurs mon article suivant sera sur la broderie russe au point de croix 🙂

    Quant aux patrons des chemisiers russes c’est moins trouvable que les patrons de la broderie russe. Je rectifie pas mal et j’adapte sérieusement le peu que j’arrive à trouver. Au fait le plus importants est d’avoir le descriptif du travail pas à pas que le patron même (selon mon expérience). Il existe les livres des ethnographes russes Gorojanina et Zaytseva, mais il est en russe et je n’ai pas encore réussi d’en trouver à Moscou. Il existe des livres sur les costumes médiévales en français, alors, pourquoi pas en écrire un sur le costume russe en français?! 🙂 C’est toujours plus agréable d’en faire un par soi-même qu’à acheter. Surtout que le coût de broderie et de confection d’un chemisier varie de 300 à 800 eur sans compter le plaisir de la réalisation par ses propres mains:)
    Je vous tiens au courant pour la broderie, d’accord? 🙂
    Bonne journée, Claude.
    Amicalement,
    Natalia.
    Natalia Articles récents..Boîte haute « Dentelle » (touës) (Visites: 40)My Profile

  • Victoria dit :

    La photo de la jeune femme est magnifique, son châle, sa robe, ses gants et la déco intérieure, j’adore!

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