Le mot « châle » se prononce pratiquement identique en français, anglais et allemand.

Ce mot vient du perse « schal ».

Où serait-on sans Joséphine?

En commençant l’article sur le thème des châles, j’allais surtout parler des châles russes. Mais soyons francs, les artisans russes ont connu le châle grâce à Joséphine de Beauharnais.

C’est ses épaules séduisantes que Napoléon a couvert par un châle de cachemire emporté de sa campagne égyptienne.

Franz Xaver Winterhalter. Le portrait de Mme Ackermann

Franz Xaver Winterhalter. Le portrait de Mme Ackermann

La mode sur les robes antiques faisait frissonner les « déesses » françaises sous un climat loin d’être grec.

Les châles ont bien tombés pour sauver les vies des jeunes françaises. Ensuite cette mode des châles s’est vite répandue dans toute l’Europe et la Russie.

L’art du châle

La mise en plie du châle devint un art.

La danse « pas de châle » naît au début du XIX-e siècle. Même Fedor Dostoevskiy en parle dans son roman « Crime et châtiment ».

Le bon choix du châle et la façon de le porter était un signe du bon goût de sa maîtresse.

Un bout s’entourait autour du bras, l’autre touchait pratiquement le sol. Pour que le châle se tienne bien dans cette position, on cousait des petites boules en métal dans chaque coin du châle.

Et comment c’était en Russie?

Habit russe du deuil. Région de Ryazan, XIX-e s. Collection privée de Serguey Glébushkin.

Habit russe du deuil. Région de Ryazan, XIX-e s. Collection privée de Serguey Glébushkin.

Les femmes russes couvraient leur tête dès le jour du mariage. Jusqu’au  XVII-e siècle elles le faisaient avec un oubrous (убрус en russe) en lin blanc brodé.

Petit à petit le châle prend ses marques.  Le mot russe « platok » (платок, le carré) vient du mont « plat » (плат)- un morceau de tissu. 100 ans après, en 1790 le mot perse « schal » (шаль, un châle) apparaît ce qui signifie « grand carré avec le motif ».

Les châles de Cachemire.

Les premiers châles apparaissent en Cachemire en XV-e siècle (nord-ouest de l’Inde).

Ils sont faits avec le duvet des chèvres d’une race particulière et ils font la fierté des habits d’…homme. Oui, même le métier de tisseur était particulièrement masculin.

Le châle de province de Cachemire, Inde, XIX-e s.

Le châle de province de Cachemire, Inde, XIX-e s.

Les châles en prévenance de l’Inde coûtaient extrêmement chers.

Cela s’expliquait par le temps du travail nécessaires pour faire un châle. Par exemple, à cet époque un châle ordinaire était le fruit de travail de quelques mois de 3 tisseurs. Pour un châle avec un motif plus au moins compliqué il fallait des 18 mois à 4 ans.

L’état de Cachemire est toujours reconnu par la qualité de leur laine (les variétés la pashmin et la shatush).

L’intégration des châles en Europe.

Mais dès 1800 la production imitant les châles hindous commence en Ecosse dans la ville de Paisley. Ils étaient fait du mélange de coton et de soie.

Le châle écossais, 1856.

Le châle écossais, 1856.

Les châles européens portaient le motif imprimé très compliqué.

Les manufactures de Lyon produisaient les châles en fine soie véritable.

Les châles en soie de Chine pénétraient en Espagne par le port de Manilles (Manilles – la capitale des Philippines) et ils sont devenus une partie importante du costume des gitanes espagnoles.

Les châles des cosaques.

En même temps en Russie dans les alentours de la ville d’Orenbourg (région d’Oural) les nouveaux châles ont vu le jour.

Les cosaques d’Oural récemment installés dans la région étaient surpris par les habits trop fins par rapport des hivers rigoureux portés par les éthnis (kalmouks et kazakhs). Ils ont découvert par la suite qu’en dessous ils portaient les gilets tricotés en duvet de chèvres de cette région froide et montagnarde.

Le châle d'Orenbourg

Le châle d’Orenbourg

Les femmes des cosaques qui connaissaient l’art de tricot de dentelle, utilisaient cette matière première pour confectionner les châles légers de 100-180 gr qu’elles passaient à travers leur alliance. Ces châles de 3,5mx3,5m tenaient dans un œuf d’oie !

En 1861 une femme-cosaque d’Oural, artisane des châles en duvet de chèvre, tricoté en dentelle Maria Ouskova vient à Orenbourg voir le gouverneur.

Elle demande la faveur de présenter ces châles lors de l’exposition internationale à Londres.

6 châles on été exposés et vendus sur place. Après la fermeture de l’exposition, une entreprise anglaise « Lipner » lance la production des châles imitant ceux d’Orenbourg.

Le châle d'Orenbourg

Le châle d’Orenbourg

Les châles en « cachemire » russe.

Les châles russes « en cachemire » ont eu leurs premiers succès lors de la première exposition industrielle à Londres en 1851.

Ils étaient fabriqués avec la technique très complexe du tissage sans verso. Autrement dit, le châle n’avait pas de verso, ils étaient réversibles.

Par la suite cette technique a pris l’ampleur en Europe également.

Ces châles exposés étaient confectionnés par les jeunes filles serfs dans les ateliers des hobereaux Mme Merlina et M Kolokoltsov de la région de Nijniy Novgorod.

La bordure du châle en "cachemire russe" de l'atelier de Kolokoltsov, XIX-e s. Russie, Nijniy Novgorod.

La bordure du châle en « cachemire russe » de l’atelier de Kolokoltsov, XIX-e s. Russie, Nijniy Novgorod.

La qualité de ces châles étaient égales à ceux de Cachemire.

Elles utilisaient le duvet de saigas et la laine des chèvres tibétaines. Un cheveu humain était grossier de leur fil.

Les manufactures russes ont élaborées leur façons de travailler les duvets des chèvres tibétaines, vigognes et saigas. Une pelote de 13 grammes portait un fil de 4,5 km !

Les châles des ateliers de Mme Merlina étaient des chef-d’oeuvres.

Les serfs en produisaient 16 pièces par an. Les artisanes perdaient leur vue bien avant d’atteindre l’age de 30 ans. C’était leur prix pour être libérer. Chaque châle comportait plus de vingt nuances de couleurs. Deux artisanes en faisait un châle en 1,5-2 ans à deux et il coûtait une fortune : jusqu’à 32 mille roubles de l’époque.

Le châle de la manufacture du commerçant Koulikov, Moscou, 1832

Le châle de la manufacture du commerçant Koulikov, Moscou, 1832

La manufacture Kupavinskaya appartenant au prince N.Iousoupov fabriquait les châles portés par les femmes des commerçants.

Un châle coûtait 200 roubles (c’est une salaire annuel d’un ouvrier à la fabrique.)

 La naissance des châles russes comme on les connaît.

Depuis milieu du  XIX-e siècle La Russie commence la production des châles estampés ou imprimés. Ils reviennent moins cher à la production que ceux tissés.

Et à partir de ce moment les châles sont portés par tout le monde: les bourgeoises, les commerçantes, les ouvrières et les paysannes.

Les châles russes anciens.

Les châles russes anciens.

Les châles des manufactures de M Baranov et de la Maison de M Labzin et M Gryaznov deviennent un must have de chaque femme russe.

C’est qu’avec ces châles que le cliché, une image d’une femme russe a commencé à parcourir le monde.

Un châle russe est d’ailleurs un seul élément du costume russe traditionnel survécu jusqu’à nos jours.

La Maison de M Lanzin et M Gryaznov est basée à Pavlov Posad (la région de Moscou). La production des châles estampés y est toujours. C’est une seule production historique qui a survécu depuis 1765 (l’année de sa fondation).

 Comment les fabriquer à l’époque?

Le musée de la manufacture de Pavlov Posad. Les estampes

Le musée de la manufacture de Pavlov Posad. Les estampes

Pour imprimer le dessin sur le tissu à châle, les ancêtres utilisaient des estampes découpés en bois.

Il existait deux types d’estampes pour cela. On les appelait «les  manières » et « les fleurs ».

«Les fleurs » servaient à imprimer le fond ou le champs du dessin.

Chaque couleur demandait sa propre estampe.

Le contour de dessin était « tapé » avec « les manières ». Leur fabrication était plus difficile : d’abord on brûlait à une certaine profondeur le dessin sur une planchette en bois, ensuite y coulait du plomb. Le contour fait ainsi se fixait avec des clous sur les planchettes en bois.

La méthode de frappage du dessin sur le châle.

La méthode de frappage du dessin sur le châle.

Il était impossible de fabriquer autant d’estampes pour toute la surface du châle .

On préparait donc les estampes en fonction des rapports et le niveau de difficulté du dessin, de 4 à 24 estampes par un châle. Les châles complexes pouvaient avoir jusqu’à 16 et plus de couleurs. Pour les effectuer il fallait faire parfois plus de 400 planchettes.

Les dessins faits par cette technique étaient très solides, les planchettes à taper servaient des dizaines d’années et pouvaient être renouveler facilement.

les estampes à châle

les estampes à châle

Il faut dire que cette technique du coloriage par le « tapotage » ou »frappage » était connue en Russie encore en XI-XII-e siècles.

Après avoir teinté le tissu était tapoté par dessus avec les moules qui imprimaient les motifs sur le tissu. L’ancienne technique d’imprimerie sur le tissu par « tapotage » utilisait les peintures à l’huile et le tissu en lin.

Les tissus décorés de cette manière servaient non seulement pour les habits traditionnels mais aussi pour les habits des offices religieux, les rideaux de toutes sortes et les drapeaux.

Pour que la couleur s’imprime mieux sur le tissu on tapotait l’estampe en bois avec le marteau. D’où vient le nom de la technique du « tapotage » (набойка, набивка).

un châle russe

un châle russe

Mais d’où venait les motifs imprimés ?

Les artisans-créateurs étudiaient les tissus importés en les interprétants d’un façon plus proche de l’esprit russe.

On y reconnaît également les motifs des bois sculptés qui décoraient les izbas et autres bâtiments traditionnels russes. Les motifs des broderies anciennes se transformaient en un autre motif à châle.

La vie en châle russe.

La fête traditionnelle russe. Koliadki.

La fête traditionnelle russe. Koliadki.

Mais les châles russes ont eu leur période d’oublie en XX-e siècles. Les principaux acheteurs étaient les babouchkas des provinces et les touristes étrangers.

Pour passer pour une originale, à l’age de 15 ans, j’ai sorti un vieux châle noir à fleurs de ma grande-mère pour le portait par dessus de ma veste verte. Les gens se retournaient. Le port d’un châle russe était rare.

Les châles de la manufacture de Pavlov Posad.

Les châles de la manufacture de Pavlov Posad.

Les années passent, la bonne cotés de la fierté nationale se réveille. Les châles s’implantent non seulement comme un accessoire pas comme un autre, mais aussi on

confectionne les robes, les corsets avec, les sacs, les bijoux, même les protège i-pad.

Les hommes essaie les châles russes en les portant à la façon d’une écharpe arabe.

 

Amicalement

Natalia

 

 

Sources : http://www.izuminki.com/2012/09/12/shal-istoriya-pokoreniya-zhenskix-serdec/

 

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A propos de Natalia Lagoguey

Après avoir enseigné le français en Russie, travaillé comme secrétaire-interprète à l'ambassade belge de Moscou, mis ses compétences aux services de plusieurs sociétés françaises, Natalia a décidé de partager ses connaissances de l'artisanat slave en général et russe en particulier. Ceci via son blog mais également via son pavillon russe ( www.costumerusse.kingeshop.com/ ) ou vous verrez, entre autre, ses créations et des expositions sur le terrain (Marchés, salons, foires...).

13 réponses à Un châle. Histoire de séduction.

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