Temps de lecture : 13 minutes | Mis à jour le 3 mai 2026
Résumé : Pâques orthodoxe russe, célébrée le dimanche 20 avril 2026, est la fête majeure du calendrier liturgique russe. Ce dossier suit la fête de bout en bout : calcul de la date, Grand Carême et Semaine sainte, veillée pascale, koulitch et paskha, œufs colorés, costume festif pour les femmes, les hommes et les enfants, et célébration en famille dans la diaspora russe en France aujourd'hui.
1. Introduction : Pâques, sommet de l'année orthodoxe russe
Dans la tradition orthodoxe russe, Pâques (en russe Pascha, Пасха) n'est pas une fête comme les autres : elle est la fête des fêtes, le sommet de l'année liturgique, le centre de gravité autour duquel s'organisent toutes les autres célébrations du calendrier chrétien. Là où la culture occidentale a peu à peu déplacé son émotion festive vers Noël, l'âme russe est restée fidèle à la nuit pascale et à son cri de victoire : Khristos voskrese ! Voïstinou voskrese ! (« Le Christ est ressuscité ! En vérité, il est ressuscité ! »).
Pour des millions de fidèles, Pâques 2026 sera l'occasion d'un grand rassemblement familial, d'un retour aux gestes anciens — bénir le koulitch, partager la paskha, échanger des œufs rouges — et d'un soin tout particulier porté à la tenue festive. C'est pour Pâques, plus encore que pour Noël, que l'on sortait jadis du coffre familial le costume brodé conservé pour les très grands jours, et que l'on étrenne aujourd'hui sa plus belle robe ou sa plus belle chemise. Pour replacer la fête dans son histoire, on consultera utilement notre dossier sur Pâques orthodoxe, qui détaille la liturgie et la longue tradition slave héritée de Byzance.
Cette année, la date est particulièrement intéressante : Pâques orthodoxe russe tombe deux semaines après Pâques catholique, ce qui prolonge la saison pascale en Europe et donne aux familles franco-russes le temps de vivre la fête à leur rythme propre. Ce guide, signé Natalia Lagoguey, suit la fête de bout en bout — du calcul de la date jusqu'aux gestes du repas et au choix des tenues — pour vous permettre de la vivre, ou simplement de la comprendre, dans toute sa profondeur culturelle, spirituelle et esthétique.
Notre fil conducteur : montrer comment la fête russe articule trois dimensions inséparables — la liturgie (la nuit pascale et la Divine Liturgie), la table (koulitch, paskha, œufs bénis) et le vêtement (la chemise blanche, le sarafane festif, le foulard brodé). Ces trois couches forment un tout : c'est tout l'être qui célèbre, l'âme par la prière, le corps par le repas et l'apparence par la beauté du vêtement.
2. Calendrier 2026 et calcul de la date
En 2026, Pâques orthodoxe russe sera célébrée le dimanche 20 avril. La veillée pascale commence dans la nuit du samedi 19 au dimanche 20 avril : les fidèles se rassemblent à l'église vers 23 heures, on éteint toutes les lumières peu avant minuit pour symboliser le tombeau, puis le clergé sort en procession autour de l'édifice avant d'annoncer la Résurrection sur le seuil. La Divine Liturgie pascale, suivie de la bénédiction des paniers de Pâques, s'achève généralement entre 3 heures et 5 heures du matin.
Pourquoi le 20 avril cette année
L'Église orthodoxe russe applique la règle classique fixée par le concile de Nicée en 325 : Pâques tombe le premier dimanche qui suit la première pleine lune après l'équinoxe de printemps. Mais elle calcule cette règle sur le calendrier julien, alors que l'Église catholique romaine est passée au calendrier grégorien en 1582. Le calendrier julien est aujourd'hui en retard de treize jours sur le grégorien, et l'équinoxe « julien » du 21 mars correspond en réalité au 3 avril grégorien. C'est ce décalage qui explique que Pâques orthodoxe ne tombe presque jamais à la même date que Pâques catholique.
En 2026, Pâques catholique tombe le 5 avril, soit deux semaines avant Pâques orthodoxe. Cette différence de quinze jours est l'un des écarts les plus fréquents : les deux fêtes peuvent tomber le même jour (cas rare, environ une année sur quatre), être séparées d'une semaine, de quatre ou de cinq semaines selon les configurations lunaires.
Le cycle des prochaines années
Pour situer 2026 dans la séquence longue, voici les dates des Pâques orthodoxes russes des prochaines années : 2 mai 2027, 16 avril 2028, 8 avril 2029, 28 avril 2030. La fête oscille toujours entre début avril et début mai, avec une borne basse exceptionnelle au 4 avril et une borne haute au 8 mai. La date la plus tardive (8 mai) correspond à des années où la pleine lune équinoxiale tombe juste avant la date julienne, ce qui décale la fête d'un cycle lunaire entier.
Comment lire le calendrier liturgique russe
Le calendrier orthodoxe russe garde la mémoire du temps julien tout en s'inscrivant dans nos vies grégoriennes. Les fêtes fixes (Noël, Théophanie, Transfiguration) sont décalées de treize jours par rapport au calendrier civil — Noël russe se célèbre le 7 janvier grégorien, soit le 25 décembre julien. Pâques, fête mobile, échappe à ce décalage simple : sa date varie chaque année selon la pleine lune. Beaucoup de familles franco-russes tiennent à la maison un petit calendrier liturgique double, où les dates russes sont reportées sur le calendrier grégorien.
3. Le Grand Carême et la Semaine sainte
On ne comprend rien à la joie pascale russe si l'on ignore la longueur et la rigueur du jeûne qui la précède. Le Grand Carême (en russe Veliki Post) dure sept semaines, soit quarante-huit jours en comptant la Semaine sainte. C'est, de très loin, la période d'ascèse la plus exigeante de l'année orthodoxe : ni viande, ni poisson, ni produits laitiers, ni œufs, ni alcool, à l'exception de quelques jours autorisés (samedis, dimanches et fêtes mariales). Cette privation, longue et progressive, prépare le corps autant que l'âme à la nuit pascale.
Le calendrier du Carême 2026
En 2026, le Grand Carême s'ouvre le lundi 2 mars par le « Lundi pur » (Tchisty Ponedelnik), au lendemain du dimanche du Pardon où chacun demande pardon à ses proches pour les torts de l'année passée. Il s'achève le samedi 18 avril au soir, à la veille de la nuit pascale. Entre ces deux dates, les fidèles abandonnent progressivement les aliments interdits, simplifient leurs repas (céréales, légumes, fruits secs, pain et eau), intensifient la prière et limitent les distractions.
La Semaine sainte (Strastnaïa sedmitsa)
Les sept jours qui précèdent Pâques constituent la Semaine sainte, dite Strastnaïa sedmitsa, « semaine des Souffrances ». Chaque jour est marqué par des offices spécifiques : le lundi, mardi et mercredi rappellent les paraboles du Seigneur ; le Jeudi saint (16 avril en 2026) commémore la Cène et le lavement des pieds, avec lecture des « Douze Évangiles » des souffrances du Christ ; le Vendredi saint (17 avril) est la journée de deuil par excellence, où la sainte Épitaphe (icône représentant le Christ étendu) est portée en procession ; le Samedi saint (18 avril) est consacré à la préparation de la nuit pascale, à la cuisson du koulitch et à la décoration des œufs.
La veillée pascale
Le moment central de l'année liturgique est la veillée pascale, dans la nuit du samedi 19 au dimanche 20 avril 2026. Les fidèles se rassemblent peu avant minuit dans une église encore plongée dans la pénombre du tombeau. À minuit moins quelques minutes, le clergé revêt ses habits pascals (rouge vif, brodés d'or), prend les bannières, les icônes et la croix, et sort en procession autour de l'église. À son retour, devant les portes fermées, le célébrant chante : « Khristos voskrese iz mertvykh ! » (« Le Christ est ressuscité des morts ! »), et la foule répond. Les portes s'ouvrent alors, l'église s'illumine, les cloches sonnent à toute volée et la Divine Liturgie pascale commence dans une atmosphère de joie débordante.
À l'issue de l'office, les fidèles font bénir leurs paniers de Pâques préparés pendant la Semaine sainte : koulitch, paskha, œufs rouges, parfois sel et bougie. Le prêtre asperge les paniers d'eau bénite et bénit chacun individuellement. C'est seulement après cette bénédiction que le jeûne de quarante-huit jours peut être rompu — souvent dans la cuisine paroissiale, autour d'une table dressée à la hâte, avant le retour à la maison pour le grand repas familial du dimanche.
4. Le repas pascal : koulitch, paskha, œufs
Trois mets définissent le repas pascal russe : le koulitch, la paskha et les œufs colorés. Cette trinité culinaire est absolument fixée par la tradition. On peut ajouter d'autres plats — jambon, poisson en gelée, salades, vodka aromatisée — mais sans ces trois éléments, ce ne serait pas Pâques.
Le koulitch
Le koulitch est un pain brioché pascal, haut et cylindrique, très enrichi de beurre, de jaunes d'œufs, de raisins secs, d'écorces d'orange confites et parfois de safran. Sa pâte lève longuement — six à huit heures au total, en deux ou trois pousses successives — avant d'être cuite dans des moules cylindriques tapissés de papier sulfurisé. Une fois refroidi, le koulitch est nappé d'un glaçage blanc au sucre et décoré de petites perles colorées ou des lettres ХВ (« Khristos voskrese »). Vous trouverez la recette du koulitch dans notre rubrique cuisine, avec ses proportions exactes et ses temps de pousse.
Le koulitch a une forme symbolique forte : sa silhouette élancée, couronnée de glaçage blanc et parfois de fleurs en sucre, évoque les coupoles bulbeuses des églises russes. Sa hauteur (souvent vingt centimètres ou davantage) traduit l'exaltation de la Résurrection. On le pose au centre de la table de Pâques, parfois entouré de ses œufs colorés et de la paskha, formant une scène culinaire qui est presque une icône comestible.
La paskha
La paskha est un dessert au fromage blanc égoutté, parfumé au beurre, à la crème, aux jaunes d'œufs, aux fruits confits et à la vanille. Elle se moule dans un récipient pyramidal en bois (pasochnitsa) gravé sur ses faces intérieures de motifs religieux : croix, lettres ХВ, monogrammes du Christ. Démoulée le matin de Pâques, elle se présente comme une petite pyramide blanche dont les faces portent les motifs imprimés en creux dans le fromage. Sa forme rappelle le mont Golgotha et le tombeau d'où le Christ est sorti vainqueur.
La paskha doit s'égoutter au moins vingt-quatre heures dans son moule, idéalement quarante-huit, dans la partie froide du réfrigérateur ou dans une cave fraîche. Cette longue maturation lui donne sa texture ferme et fondante à la fois. On la sert en tranches fines, accompagnée d'une part de koulitch et d'un œuf coloré : la trinité du petit-déjeuner pascal russe.
Les œufs et le repas familial
Les œufs colorés sont à la fois un mets et un cadeau. Le matin de Pâques, après la veillée et quelques heures de sommeil, la famille se retrouve autour d'une table dressée avec soin. On commence par échanger un œuf : chacun prend un œuf coloré, l'entrechoque doucement avec celui de son voisin en disant « Khristos voskrese ! », et l'autre répond « Voïstinou voskrese ! ». L'œuf qui ne se brise pas est gardé comme porte-bonheur. Puis on s'embrasse trois fois sur les joues, dans le rite traditionnel du khristosovanie, baiser pascal d'origine très ancienne.
Le repas qui suit est un déploiement : koulitch en tranches épaisses, paskha sur des assiettes individuelles, œufs en pyramide dans un compotier, jambon froid (souvent cuit dans une croûte de pain ou glacé au miel), poisson en gelée, salades de betterave et de hareng, kvas, vin doux et vodka. Les plats sortent peu à peu, sans précipitation, et le repas s'étire toute la matinée et parfois jusqu'au déjeuner. C'est l'un des très rares moments de l'année où l'abondance est non seulement permise, mais célébrée comme un acte religieux : tout le contraire des sept semaines de Carême.
5. Les œufs colorés : pissanka et krachenka
L'œuf de Pâques russe se décline en deux grandes familles : la krachenka (œuf simplement teint dans une couleur unie) et la pissanka (œuf décoré au moyen de motifs réservés à la cire). Les deux techniques coexistent depuis des siècles et chacune porte sa propre charge symbolique.
La krachenka : l'œuf rouge
La krachenka est l'œuf simple, teint d'une seule couleur, le plus souvent rouge. Une légende ancienne veut que Marie Madeleine, ayant offert un œuf à l'empereur romain Tibère pour annoncer la Résurrection, ait vu l'œuf devenir rouge sous ses yeux quand l'empereur, sceptique, déclara que la résurrection d'un mort était aussi improbable que la transformation d'un œuf blanc en œuf rouge. C'est de là, dit-on, que vient l'usage d'offrir des œufs rouges à Pâques.
Au-delà de la légende, le rouge symbolise à la fois le sang du Christ versé pour l'humanité et la vie nouvelle qui jaillit du tombeau. La technique traditionnelle de teinture utilise les pelures d'oignon : les œufs sont placés dans une casserole avec une bonne poignée de pelures sèches, recouverts d'eau, puis mis à cuire vingt minutes. Le résultat est un rouge cuivré profond, naturel, qui n'a rien à voir avec les couleurs vives mais ternes des colorants chimiques. D'autres couleurs traditionnelles — le brun (avec du thé noir ou du café), le vert (avec des feuilles de bouleau), le jaune (avec du curcuma ou du safran), le mauve (avec du chou rouge) — sont obtenues de la même façon.
La pissanka : l'art du dessin à la cire
La pissanka, plus complexe, est un art à part entière, particulièrement développé en Ukraine et dans le sud de la Russie mais pratiqué dans toutes les régions slaves. La technique repose sur la réserve à la cire : on dessine sur l'œuf cru ou cuit avec un petit stylet à pointe creuse appelé kistka, qu'on plonge dans la cire d'abeille fondue. Les zones couvertes de cire ne prennent pas la couleur lors de la teinture suivante. En répétant l'opération avec des couleurs successives, du plus clair au plus foncé, on obtient des dessins extraordinairement complexes : roues solaires, étoiles à huit branches, motifs floraux, oiseaux, croix, vagues, spirales. À la fin, on chauffe l'œuf pour faire fondre la cire, qui révèle le motif final dans toute sa richesse polychrome. Pour découvrir l'art de la pissanka, son symbolisme et les ateliers contemporains, consultez notre dossier dédié.
Symbolisme des couleurs
Chaque couleur d'œuf porte une signification précise dans la tradition slave. Le rouge, comme on l'a vu, est la couleur du sang du Christ et de la vie nouvelle. Le jaune évoque le soleil, la chaleur, la moisson à venir. Le vert représente la nature qui renaît, la jeunesse, l'espérance. Le bleu est la couleur du ciel, de la santé, de la clarté spirituelle. Le noir, contrairement à l'usage occidental, n'évoque pas le deuil mais la terre nourricière, la mémoire des défunts et le mystère. Le blanc, enfin, traduit la pureté, le commencement, la résurrection. Une pissanka qui combine ces couleurs forme une véritable petite icône portative, dont chaque détail est lisible pour qui connaît le code.
L'œuf comme cadeau
L'œuf de Pâques se donne. On en offre à sa famille, à ses amis, à son parrain et à sa marraine, au prêtre de sa paroisse, parfois aux voisins. Dans les villages d'autrefois, les enfants faisaient le tour des maisons le matin de Pâques pour annoncer la Résurrection et recevoir, en échange, un œuf coloré et quelques douceurs. Cette pratique, qu'on peut voir comme une lointaine cousine slave de la chasse aux œufs occidentale, demeure vivante dans certaines paroisses russes de France, où les enfants des fidèles font la collecte après la liturgie.
6. La tenue et le costume traditionnel pour Pâques
Pâques est, dans la tradition russe, l'occasion vestimentaire suprême — devant Noël, devant les mariages, devant les grandes fêtes patronales. C'est pour cette nuit-là que les femmes sortent du coffre familial leur plus belle chemise brodée, leur sarafane festif, leur kokochnik d'apparat. Et c'est pour cette nuit-là que les hommes étrennent leur kosovorotka neuve, brodée par leur femme ou par leur mère.
La tenue féminine
La base de la tenue féminine est la chemise blanche brodée (rubakha), longue, de coupe ample, avec des manches longues souvent resserrées au poignet par un bracelet de tissu brodé. Les broderies se concentrent aux ouvertures du vêtement — col, poignets, ourlet, épaules — et reprennent à Pâques des motifs solaires et floraux : roues à huit rayons, croix grecques, fleurs stylisées, parfois lettres ХВ. Le rouge domine, mais l'or, le noir et le bleu peuvent y être mêlés.
Sur cette chemise se porte le sarafane festif, robe-tablier sans manches, le plus souvent rouge cramoisi (malinovyi) à Pâques, mais aussi vert profond, bleu indigo ou bordeaux selon les régions. Le sarafane de fête est confectionné dans un beau tissu — soie brochée, taffetas, brocart pour les familles aisées, lainage teint pour les autres — et orné de larges galons à la poitrine, aux bretelles et à l'ourlet. Pour découvrir les nuances régionales et les techniques de coupe, consultez le sarafane festif dans notre rubrique costumes.
La tête est couverte. Pour les femmes mariées, c'est le kokochnik, tiare en arc de cercle ornée de perles de rivière, de broderies d'or et de galons métalliques, parfois prolongée d'un voile arrière de soie blanche ou crème. Pour les jeunes filles, c'est un simple bandeau brodé (povyazka) ou une couronne ouverte (venets) qui laisse voir la longue tresse unique, signe de leur statut de fille à marier. Un fin foulard de soie, blanc, crème ou rouge, peut être ajouté pour entrer dans l'église : la tradition orthodoxe demande aux femmes de se couvrir la tête à l'office.
La poyas, ceinture tissée, est l'accessoire indispensable. Sans elle, l'ensemble n'est pas complet. À Pâques, on choisit une ceinture de fête, large, brodée de motifs protecteurs (zigzags, losanges, spirales solaires) et parfois de l'inscription ХВ ou d'une courte prière. Un châle de soie ou de laine, à motifs floraux, peut être posé sur les épaules pour les sorties à l'église.
La tenue masculine
L'homme porte une kosovorotka neuve : chemise à ouverture latérale, longue jusqu'à mi-cuisse, en lin blanc ou en coton de couleur (rouge, bleu, parfois rose poudré), brodée au col, aux poignets et à l'ourlet. Les broderies sont plus discrètes que celles des chemises féminines, mais elles existent et leur précision témoigne de l'attention de l'épouse ou de la mère. Le pantalon (porty) est ample, en lin ou en laine sombre, glissé dans les bottes hautes (sapogi) ou serré au mollet par des bandes de tissu. La ceinture tissée, plus large que pour le quotidien, complète la tenue. Pour les très grandes occasions, un caftan court ou un long manteau brodé peut être ajouté.
Les enfants et la tenue d'aujourd'hui
Les enfants suivent leurs parents : petite chemise brodée et sarafane miniature pour les filles, kosovorotka pour les garçons. Dans la diaspora russe contemporaine, peu de familles disposent du costume traditionnel complet. La pratique a évolué : on garde l'idée d'une tenue claire, soignée, festive, avec une touche traditionnelle (un châle slave, une broche, un foulard brodé, une ceinture tissée portée comme accessoire). L'essentiel, dans l'esprit de Pâques, est que le vêtement soit beau, neuf ou propre, et qu'il manifeste extérieurement la joie intérieure de la fête. Pour situer ces tenues dans l'ensemble du patrimoine vestimentaire russe, on consultera le site Heritage Russe, qui documente l'héritage textile slave.
7. Pâques en famille en France aujourd'hui
La diaspora russe en France compte environ cinq cent mille personnes en 2026, descendantes de plusieurs vagues d'émigration : les Russes blancs des années 1920, les déplacés de l'après-guerre, les juifs russes des années 1970, les nouvelles vagues post-soviétiques des années 1990 et 2000, et plus récemment les exilés des années 2020. Cette communauté, profondément attachée à ses traditions, vit Pâques comme l'un des moments les plus forts de l'année — une parenthèse russe au cœur d'un calendrier civil français.
Les paroisses russes de France
La France compte plus d'une centaine de paroisses orthodoxes russes, réparties entre quatre juridictions principales (Patriarcat de Moscou, Archevêché des paroisses russes en Europe occidentale rattaché à Constantinople, Église russe hors-frontières, Patriarcat œcuménique). Les grandes paroisses parisiennes — la cathédrale Saint-Alexandre-Nevski rue Daru, la cathédrale Sainte-Trinité du quai Branly, l'église des Trois-Saints-Hiérarques — accueillent la nuit pascale plusieurs milliers de fidèles, dans une atmosphère où le russe, le français et le slavon liturgique se mêlent. Beaucoup de paroisses de province (Lyon, Marseille, Nice, Toulouse, Strasbourg, Bordeaux) connaissent une affluence comparable, gonflée pour la circonstance par des fidèles qui ne viennent qu'à Pâques.
La table familiale en France
Le défi, en France, est d'organiser le repas pascal dans un calendrier civil qui ne reconnaît pas la fête. Pâques orthodoxe tombe presque toujours un dimanche ouvré non férié pour les Français, ce qui oblige à composer : la veillée pascale a lieu dans la nuit, le repas familial se déroule dans la matinée du dimanche, et le déjeuner est souvent reporté au début de l'après-midi pour permettre le repos après la nuit blanche. Le koulitch est commandé à l'avance dans une boulangerie russe (à Paris, on en trouve d'excellents rue Daru, à Châtillon, à Vincennes ou via les paroisses qui en font cuire pour leurs fidèles), ou préparé à la maison le Samedi saint. La paskha se fait toujours à la maison, faute d'un commerce qui en propose.
Transmettre la tradition
La grande question, pour les familles franco-russes de troisième et quatrième génération, est celle de la transmission. Comment garder vivante une fête qui n'est ni férié ni partagée par la majorité des amis et collègues ? Plusieurs leviers sont à l'œuvre. Les écoles paroissiales du jeudi ou du samedi, qui enseignent le russe et le catéchisme aux enfants, organisent des ateliers de décoration d'œufs et de cuisson de koulitch dans les semaines qui précèdent Pâques. Les paroisses publient sur leurs sites et leurs réseaux les horaires des offices et des recettes de famille. Les grandes maisons culturelles russes (Centre culturel et spirituel orthodoxe russe à Paris, instituts culturels à Marseille et Lyon) proposent des conférences sur les traditions pascales. Et bien sûr, les tables familiales restent le lieu central de la transmission, autour des plats que la grand-mère a préparés comme sa propre grand-mère, et autour de la formule éternelle : « Khristos voskrese ! Voïstinou voskrese ! ».
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8. Questions fréquentes
Quelle est la date de Pâques orthodoxe russe en 2026 ?
En 2026, Pâques orthodoxe russe est célébrée le dimanche 20 avril 2026. La veillée pascale commence dans la nuit du 19 au 20 avril, vers 23 heures, et la Divine Liturgie s'achève au petit matin. La date est calculée selon le calendrier julien et la règle de Nicée, ce qui place la fête deux semaines après Pâques catholique cette année-là (le 5 avril 2026).
Pourquoi Pâques orthodoxe et Pâques catholique tombent à des dates différentes ?
L'Église orthodoxe russe utilise le calendrier julien pour calculer la date de Pâques, alors que l'Église catholique utilise le calendrier grégorien depuis 1582. Les deux Églises appliquent la même règle (premier dimanche après la première pleine lune suivant l'équinoxe de printemps), mais sur deux calendriers décalés de treize jours, ce qui produit des dates différentes la plupart des années. En 2026, l'écart est de deux semaines.
Quelles seront les dates de Pâques orthodoxe russe en 2027 et après ?
Pâques orthodoxe russe tombera le 2 mai 2027, le 16 avril 2028, le 8 avril 2029 et le 28 avril 2030. La fête oscille entre le 4 avril et le 8 mai selon les années. Pour mémoire, Pâques catholique 2027 sera le 28 mars, ce qui portera l'écart à plus d'un mois cette année-là.
Qu'est-ce que le koulitch et comment se prépare-t-il ?
Le koulitch est un pain brioché pascal russe, haut et cylindrique, très enrichi de beurre, de jaunes d'œufs, de raisins secs, de fruits confits et de safran. Sa pâte lève longuement (six à huit heures au total) avant d'être cuite dans des moules cylindriques tapissés de papier. Une fois refroidi, on le glace au sucre et on saupoudre de petits décors colorés ou des lettres ХВ (Khristos voskrese, le Christ est ressuscité). Il est béni à l'église pendant la veillée pascale puis partagé en famille au repas du dimanche. Voir notre recette détaillée du koulitch.
Pourquoi colore-t-on les œufs en rouge à Pâques en Russie ?
Les œufs rouges (krachenki) symbolisent à la fois le sang du Christ versé pour le salut de l'humanité et la vie nouvelle qui jaillit du tombeau. Une légende attribue l'origine du rouge à Marie Madeleine, qui aurait offert un œuf à l'empereur Tibère en annonçant la Résurrection : devant son scepticisme, l'œuf serait devenu rouge sous ses yeux. Les œufs sont teints traditionnellement avec des pelures d'oignon (rouge cuivré profond) ou avec des betteraves, du curcuma, des feuilles de bouleau pour les autres couleurs. Les pissanki, eux, sont décorés à la cire au moyen d'un stylet appelé kistka, dans la tradition slave de l'Est.
Quelle tenue porte-t-on traditionnellement pour Pâques orthodoxe russe ?
Pâques est la fête des plus belles tenues. Les femmes portent une chemise blanche brodée (rubakha) sous un sarafane festif, souvent rouge, vert ou bleu vif, ceinturé d'une poyas tissée. La tête est couverte d'un fin foulard de soie ou d'un kokochnik pour les femmes mariées. Les jeunes filles ajoutent un bandeau brodé sur leurs cheveux nattés. Les hommes revêtent une kosovorotka neuve, finement brodée au col et aux poignets, un pantalon de lin et une ceinture tissée. Aujourd'hui, dans les paroisses russes de France, beaucoup adoptent une tenue de ville claire avec une touche traditionnelle (un châle slave, une broche, un foulard brodé).